Impressions

Nappe d'indécision cachant la terre au ciel...


Foutaises, que des foutaises sans nom,

Peuplent mon esprit et ma raison,
Bordés d'obscénités infantiles et malsaines,
Fruits pourris d'une existence de reclus.

A t on jamais vu plus fou
Que celui qui croit déjà sa vie gâchée
Quand seulement vingt ans il a vécu ?
Qu'à l'aube d'autres regards, sa vie n'est pas à plaindre ?

Quand le bouffon ne fait plus rire,
N'attire plus moqueries et ricanements,
Est il alors un guignol,
Ou s'essaie-t-il à son vrai rôle ?

Qu'à cela ne tienne,
A la vie de fou seul,
Je ne devrais pas préférer celle d'idiot mal entouré,
Mal m'en a pris et plusieurs fois d'ailleurs.

M'en mordre les doigts, seigneur ? Je ne fais que ça.
Je ressasse au fur et à mesure quantité d'échecs aussi cuisants les uns que les autres
Non content de me plonger dans l'obscurité,
Chacun m'a en plus privé de lumières salutaires.

Allons, allons vivre à présent
D'ombres et d'illusions, de démons
Jouets bien pâles et ennuyeux,
Face à la lumière, elle si inaccessible ...

O mélomane des contrées imaginaires,
Amant passionné et irréfléchi des muses,
Tu veux avancer mais tu n'as pas de chemin.
Qui te montrera la route ? Quel sera ton destin ?

Interlude

Par une nuit sans lune, la Mort prit le fil de ma vie entre ses doigts.
Elle le tint ainsi entre ses deux phalanges osseuses, le triturant, en testant la souplesse et la consistance.
Puis un sourire éclaira sa face squelettique, et elle articula de sa voix railleuse :
"Ceci est la plus jolie chose qui soit."
Alors le cadavre s'en fut, et elle apparut comme la plus belle des femmes, toute en formes et en courbes, son sourire charmant évoquant les plus belles promesses comme les pires des trahisons.
Et elle s'enfuit ainsi, son visage sibyllin se moquant de ma gêne quand à sa nudité, me taquinant sur le nombre de fois où je l'avais appelée et désirée de tout mon être ...

Blanche et l'araignée

J'aurais, je crois, dû périr entre tes dents.

Femme animale, chienne et chatte.
Tu t'offrais nue à mes regards dans d'invraisemblables peintures que je gobais, tout sourire.
Tu me promettais monts et merveilles, à moi qui n'avais rien d'autre que mon envie.
Tu n'étais finalement ni chatte ni chienne.

Ni femme, d'ailleurs.
Tu étais bel et bien d'ailleurs.
Un prédateur en quête d'une proie.
Un loup lorgnant un agneau.

J'aurais du, je crois, périr entre tes crocs.
Mais jamais tes mâchoires n'ont pu approcher ma peau.
J'avais une amie fidèle et intelligente. J'avais.

Elle aussi comme tant d'autres partie.
Elle aussi comme tant d'autres me manque.
A jamais.

Rêve de vie

Elle est là, elle me sourit, et son sourire est un soleil qui illumine mon âme.
Nous jouons ensemble, et elle vainc autant de fois que moi.
Nous nous amusons, sans arrière pensée ni ennui, sans domination ni banalité.
L'instant d'après, elle se blottit contre moi, et sa chaleur se mêle à la mienne, la ravive même.

Nous restons des heures à ne faire d'autres mouvements que ceux qui nous rapprochent ou nous détendent.
Puis elle disparait, sans mot dire, retournant au néant d'où elle est venue.
Chantes avec moi, muse, car c'est un rêve creux que voici.

Ce monde est fait de tant de sous entendus, de tant de choses implicites, qu'il ne pouvait s'agir que d'un rêve.
Mais est ce réellement mon rêve, ou le songe égaré d'un autre, ou d'une autre, en quête d'un amour simple et dénué de souffrances ?
Pauvres mortels que nous sommes, si loin d'une telle harmonie de corps et d'esprit.

Tel le phénix

Tu m'as détruit neuf fois, ô muse, et par huit fois je me suis relevé.
Pourquoi t'acharner ainsi ? Pourquoi, pour quel malin plaisir que tu prends,
Devrais-je me relever encore ?
Aimes tu tant voir mon coeur saigner ?

Qu'ai-je fait, qu'ai-je donc fait à Dieu ?
Le feu éclipse mon regard
Et brûle mon coeur.

Vide douloureux

Mon esprit se languit des affres de la chair, mis au ban des plaisirs charnels.
Je regrette la douceur des peaux offertes à mes lèvres.
Ainsi que le délicieux contact des rondeurs avec mon épiderme.
Mes mains sont les premières à subir la nostalgie de ces moments de plaisir donné et reçu.

Ce qu'il y a sous l'âme

Calme est l'étendue de l'âme.
Nulle gouttelette, nulle vaguelette ne vient troubler son eau.
Comme une mer sans limite et sans relief, ou plutôt comme une immense flaque, car elle n'est point limpide mais opaque.
Opaque de nuages, de tonnerre et d'éclairs, de tourbillons enflammés et de maelströms d'énergie.

Tant d'agitation pourtant reste indécelable, et l'eau reste une calme flaque et non un océan en furie.
Une immensité calme, angoissante, sous un ciel de brume, sans excès de lumière.
Nul soleil ne brille au dessus de l'âme, seul le chatoiement du monde extérieur à sa surface l'éclaire.
L'angoisse que l'on ressent à sa vue est celle du marcheur des plus hauts sommets, qui en vient à errer seul dans un pays de nuages.

Mais déjà, cette vision s'estompe, et l'eau s'agite, mue par elle même, semble-t-il.
Une tempête se forme, s'étend et gagne en puissance, puis s'apaise, ou plutôt se concentre.
Un creux se forme dans l'étendue.
L'eau s'écarte mais ne disparait nullement.

L'âme laisse la place à une terre boueuse, celle du corps.

La boue s'efface, pleine de honte, et dévoile ... La sphère.

La sphère, non pas une sphère comme les autres, mais une bien particulière.
L'or qui parsème sa surface comme des ilots bénis d'intégrité sur une planète blessée.
Les reliefs aux éclats métalliques, de cuivre et de fer mêlés, sont autant de blessures, de boursouflures douloureuses.
Quelques collines de platine et de diamants sont autant d'accalmies, de douleurs apaisées.

Étrange réceptacle.
Intimidant.
Tableau de souffrance et de douceur hétérogènes.
Triste réceptacle pour ... pour quoi ?

Cœur de joyaux ou cœur de vide ?
Qui y a jamais pénétré mieux que moi ?
Qui peut juger, qui peut y voir quelque chose ?
Je ne peux plus à présent qu' y voir la normalité décrépie, l'image de moi usée par les gens et les autres, en constante remise en forme, en totale remise en question, tel les cœurs métalliques des astres, fiché d'échardes persistantes de couleurs diverses, seuls vestiges de ce qu'était le poète avant.

Viens me chercher, ô Muse, et ouvre moi le cœur ;
Prends le et garde le, ou prends le et offre le,
Tu es la meilleure juge pour ces choses,
Et la plus à même de décider qui méritera ce présent.

Première pierre de l'édifice

Loin des tournoiements fatiguant de l'âme
Loin enfin des liens qui nous relient aux autres
Et qui nous pèsent comme des fardeaux

L'esprit s'envole, tel un oiseau découvrant ses ailes
Retombe beaucoup, avec dureté
Plane un peu, encore rigide
S'améliore au fur et à mesure

Nombreuses sont les mâchoires qui l'attendent
Salivant d'avance à la promesse de festin
Dure est la vie de l'esprit qui vole
Sa plus plus grande crainte étant de s'arrêter