Lui, qui est Il.


Il comprenait tout, ou du moins le pensait-il.
Et ce qu'il ne comprenait pas, il souhaitait ardemment le décrypter.
Chaque chose qu'on ne lui expliquait pas, il le prenait pour un affront.
Comme si chaque chose avait, devait avoir une raison.
Mais était-ce vraiment ainsi qu'il le voyait ?

Il se trouva face aux sciences des Nombres.
Les trouva sans vie, sans cœur, sans âme.
Les dompta de mauvaise volonté, sous l'égide d'un maître aussi rude que patient.
Découvrit leur puissance, leur implication dans le Tout.
N'en fut pas plus intéressé pour autant.

Il rencontra les sciences des Matériaux.
Fut surpris que le Tout fut si simple, ramené à des combinaisons de sphères de taille différentes.
Préféra prendre ses distances avec un Art complexifié par les Nombres,
Se promit, un jour, de reprendre contact, et de nouer une relation plus profonde.

Il se heurta à ce que sont les sciences du Vivant.
Car la sphère des Maîtres et des Élèves a tellement codifié Ses sciences,
L'entourant tantôt des Nombres, tantôt des Matériaux, en trop grande proportion,
Qu'Il en fût dégouté, et qu'Il peine encore aujourd'hui à placer espoir dans cette voie, malgré son intérêt farouche pour elle.

Il passa au beau milieu de la foule des sciences de l'Humain,
Arts d'écriture, Arts du mental, Arts du discours, Arts du langage,
Arts de la représentation, Arts de la mélodie, Arts de la voix,
Tellement, tellement d'Arts nobles qu'il n'en garda que quelques noms et encore moins de savoir,
Se promettant, cette fois avec certitude, d'y revenir plus tard.

Il passa l'examen des Sciences de l'Inexplicable. Plusieurs fois.

Se trouva fort curieux la première fois, tentant de reproduire ce qu'il ne comprenait pas. En vain.

Réussit un jeu d'acteur convenable la seconde fois, trompant l'examinatrice, pour leur malheur à tous les deux. Du moins, lui seul s'en soucie encore aujourd'hui.

Fut grandement surpris la troisième fois. Ainsi l'échec fut il plus dur.

S'éparpilla rapidement en de nombreux hors-sujet la quatrième fois.

Resta trop longtemps dans la salle d'examen à parfaire une copie déjà hors-course, la cinquième fois.

Se trompa de salle d'examen, et fit mauvaise impression à l'examinatrice, les six et septième fois. Se souvient-Il encore de l'ordre exact ?

Crut avoir réussi l'examen la huitième fois. Se rétama après de nombreux oraux.

Pleura sur la neuvième, et la dixième fois.

Il crut savoir alors ce qu'il en était.

Qu'il n'était question de logique que dans son cœur dégénéré.
Il ne savait seulement pas s'il en eut un.

Qu'il pouvait ne pas y avoir de raison à une chose.
La vie lui en sembla beaucoup plus facile.

Qu'il s'agissait en fait surtout de non-dits, de mensonges, de vérités dissimulées.
Il en fut profondément outré, le prenant toujours comme une insulte.

Que l'Inexplicable pouvait trouver des racines dans l'Explicable.


N'ai-je pas dit qu'il le crut ?
Aujourd'hui encore, il scrute, il examine chaque racine.
Aujourd'hui encore, il cherche, dans sa quête égoïste, il cherche.

Il croit avoir deviné ce qui l'attend au bout du chemin.
Il espère, de tout ce qui est le Sien, que c'est bien cela qui l'attend.
Il a pris les raccourcis les plus dangereux, se trompant beaucoup et se brûlant rarement, grâce à sa chance insolente.
Il reprend chaque jour la route, imperturbable, vers ce qu'il croit être


Son cœur.

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